2013, l’Odyssée du hashtag

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Au commencement, personne ne prononçait le mot hashtag. Le petit croisillon s’appelait dièse et il était sur la dernière ligne de notre clavier de téléphone, juste à côté du zéro. Il avait une utilisation tout à fait marginale, servant très peu, juste pour naviguer dans un menu lors d’une conversation téléphonique de service. Nous avons tous entendu la douce d’une opératrice nous dire : “Pour continuer, appuyez sur la touche étoile, pour revenir au menu, appuyez sur la touche dièse”. Mais ça, c’était avant.

En 2006, le petit oiseau de Twitter est sorti de son oeuf, générant une joyeuse cacophonie de gazouillis. Comment mettre de l’ordre dans toute cette cohue d’informations ? C’est en 2007 que le hashtag est apparu. Il s’agissait de faire précéder un mot du symbole dièse, cela le rendait cliquable et permettait d’avoir accès à tous les tweets contenant ce même mot. Le référencement par le hashtag était né.

Les mois passant, la pratique s’est répandue. Qu’il s’agisse d’informations sérieuses (#éléctionsprésidentielles2012) ou moins sérieuses (#missfrance2010), l’utilisation du hashtag est devenue systématique. Son usage a même été détourné pour des sujets bien plus légers comme le #jeudiconfession (on avoue des choses honteuses le jeudi), le #VDM (le fameux “Vie de Merde”) et autres thèmes. Le hashtag commençait à avoir de l’humour. Twitter n’étant pas encore le média puissant que nous connaissons aujourd’hui, le hashtag était parfois une bouée de sauvetage providentielle : par exemple lors du concours de l’Eurovision en 2011, on a surpris à plusieurs reprises les commentateurs de l’émission reprendre et s’attribuer certaines vannes et bons mots de Twittos. En panne d’imagination, ces petits malins avaient tout simplement utilisé le hashtag pour voir ce qui se disait sur la toile de plus drôle pour ensuite répéter cela à l’antenne. Pas joli joli, tout ça.

Le hashtag était, jusqu’à ce moment, uniquement présent sur Twitter.

En octobre 2010, Instagram est né. Ce réseau social permettant de publier et d’ajouter des filtres à nos photos est devenu très populaire. Le hashtag en a profité pour tenter de faire des infidélités à Twitter et venir s’immiscer dans les légendes des photos. Objectif : un maximum de likes pour l’utilisateur qui n’hésitait pas à mettre des lignes entières de hashtags (#igers #igersparis #pleasefollowme #instafood #instagood #citylife #picoftheday etc.) afin d’être toujours plus visible. Après avoir été racheté par Facebook en avril 2012, Instagram est devenu encore plus prisé. Et le hashtag s’y est confortablement installé.

Mais c’est véritablement en 2013 que tout s’est accéléré pour le hashtag.

En janvier 2013, une traduction française lui a été officiellement attribuée. Alors que le mot en anglais commençait à se faire entendre dans nos conversations, le terme mot-dièse est apparu avec la vocation de le remplacer. Sans grand succès.

En mai 2013, il est entré dans le Petit Robert et dans le Larousse. Ce dernier a opté pour cette définition : Mot clé cliquable, précédé du signe dièse (#), permettant de faire du référencement sur les sites de microblogage : Le hashtag #chien regroupe les posts consacrés au chien sur Twitter. 

En juin 2013, il a officiellement débarqué sur Facebook. Alors qu’il y a quelques années, on se moquait des Twittos qui avaient le malheur d’utiliser des hashtags sur Facebook, c’est finalement le petit symbole qui a gagné le match et qui a imposé sa présence sur le plus grand réseau social du monde. Hashatg : 1 – Mark  Zuckerberg : 0

Le hashtag est également allé faire un tour du côté de Google+ malgré le succès mitigé que l’on connaît à cette plateforme.

Aujourd’hui, alors que l’année touche à sa fin, on retrouve des hashtags partout : dans certaines publicités à la télévision (#EDFPulse apparaît à la fin du spot), dans les magazines (on a relevé un #cauchemar dans un article consacré au maquillage dans l’hebdomadaire Stylist), sur les affiches 4×3 dans le métro (#NOELFNAC pour ne citer que lui), et, bien entendu, dans les émissions de télévision, les séries et autres programmes populaires. Même Julien Lepers et son éternel Question pour un Champion ont leur hashtag #QPUC ! Il sert à catégoriser les articles sur les blogs. On retrouve également le hashtag dans le langage oral. Une chose est sûre : il est devenu incontournable et est aujourd’hui le meilleur moyen de trouver les résultats pertinents relatifs à une actualité, une marque, un produit ou une personnalité.

Le hashtag, plus fort que Google ? En tout cas, maintenant qu’il s’est échappé du web comme un animal s’échappe du zoo et qu’il a pris son envol, nul doute qu’il n’a pas fini de faire parler de lui et de nous surprendre. #onparie ?

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Le Like ou la démocratisation du chantage affectif

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En 2010, l’apparition du bouton “Like” représenté par un pouce levé et traduit par “J’aime” en français a changé la manière de s’exprimer sur Facebook. Avant, quand un contenu plaisait à l’internaute, il lui fallait se fendre d’un commentaire. Aujourd’hui, un simple clic sur le pouce suffit et l’on peut donc mettre des Likes en série. C’est ainsi qu’une personne qui vient de mettre en ligne un album photo de ses vacances peut se retrouver avec des dizaines de Likes… mais zéro commentaire. Oui, les amis ont aimé, non, ils n’allaient pas en plus perdre leur temps à écrire des compliments. Le Like a rendu un grand service aux paresseux, à ceux qui sont pressés et à ceux qui n’aiment pas se répandre en propos élogieux. Rapide, reconnaissable d’un coup d’oeil et facile à utiliser : tout le monde like le Like.

Mais le Like a également remplacé la mention “Become a fan” qui existait pour les fan pages. Avant, on devenait fan d’un chanteur, d’un film, d’un phénomène, d’une bloggueuse, d’une marque de céréales. Aujourd’hui, il y a juste besoin de cliquer sur Like. Et même si le procédé est le même (un clic suffit), le fait que le mot ait changé rend l’action encore plus simple et en minimise l’impact.

Par exemple, un ami vient d’être embauché dans une agence de communication spécialisée dans le web. Cette agence vient de naître et, pour se faire connaître, a créé sa page. Votre ami, logiquement, va mettre un Like a cette page. C’est tout naturel, c’est corporate. Ce qui sera moins naturel, ce sera d’inviter toute sa liste de contacts à faire de même. Pourquoi ? Pour accroître la notoriété de l’agence, pour faire du buzz et récolter des centaines de Likes afin de pouvoir dire : Oui, nous sommes influents sur le web.

Mais dans ce genre de situation, accepter de liker une page est simplement un service que l’on rend à la personne. Dans le cas de l’agence de communication, cela ne changera rien à nos vies. Les actualités de l’agence, ses nouveaux clients… cela ne nous concerne pas. Une page Like sert à se tenir au courant des actualités de personnes et événements qui nous intéressent réellement. Or, dans ce cas, ce n’est pas le cas.

Idéalement, la liste de Likes d’un utilisateur de Facebook est un reflet de sa personnalité et de ses goûts. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Un utilisateur de Facebook reçoit plusieurs requêtes pour des pages dont il n’a que faire, dont il ne connaît parfois même pas le contenu. Mais c’est une demande d’un ami, cela l’aide… alors il clique. C’est un acte automatique, dépourvu d’intérêt. Il le fait par convention.

Ce genre de situation donne parfois lieu à des scènes étranges dans la vie réelle. Deux amis se retrouvent pour discuter et, au cours de la conversation, le gros mot est lâché : “Au fait, tu as liké ma page ?”. Face à cette question, les vraies réponses se font rares : “Non, je ne lis pas ton blog” / “Non, parce que je ne fume pas de cigarettes électroniques” / “Non, je m’en fiche”. Au lieu de cette franchise un peu trop abrupte, la personne répondra invariablement “Oui, j’ai vu, je vais le faire, c’est juste que je n’ai pas eu le temps”. Et elle le fera, au bout de quelques heures, quelques jours, quelques semaines.

Finalement, quand un ami vous demande de liker sa page, cela représente plus qu’un simple service. C’est une manière de prouver ses sentiments. Celui qui demande est en position d’attente. Il réclame une réponse positive, il veut qu’on l’aime, il veut qu’on lui démontre que l’on a vraiment de l’intérêt pour lui et ce qu’il fait. Demander un like, c’est se livrer à un chantage affectif déguisé… auquel l’autre cède la plupart du temps. Ne pas liker la page d’un ami, c’est une manière de lui signifier que l’on ne s’intéresse pas à son activité. C’est blessant et cela peut parfois créer des tensions et occasionner des disputes.

Alors qu’en définitive, tout cela reste virtuel.

Un été connecté

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Faisons un plongeon dans l’été… d’il y a vingt ans. À cette époque, le vacancier était confronté, une fois installé dans son lieu de villégiature, à trois corvées : le coup de téléphone aux proches pour dire qu’il était bien arrivé, les cartes postales pour dire que tout se passait bien et les photos de vacances pour attester qu’effectivement, tout s’était bien passé.

Je parle de corvées à juste titre. Honnêtement, qui n’a jamais peiné devant une carte postale ? Qui n’a jamais oublié l’adresse du destinataire ? Qui ne s’est jamais retrouvé en panne d’inspiration ? Qui n’a pas rechigné à faire développer ses photos et les classer dans un album acheté chez Carrefour ? Les corvées sont encore plus rébarbatives à l’étranger. La communication téléphonique qui coûte plus cher que d’habitude, la difficulté de trouver des timbres quand le vacancier ne connaît pas la traduction du mot dans la langue du pays, les délais d’arrivée des cartes… sont autant d’éléments pénibles.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont mis un terme à ce trio de corvées avec une facilité déconcertante. Encore faut-il capter un réseau Wi-FI gratuit, condition sine qua non pour rester connecté. Mais en général, la plupart des hôtels, bars et restaurants proposent ce service. Et certains endroits ont même eu la lumineuse idée de mettre en place un Wi-FI gratuit partout dans la ville, à l’instar de Tel Aviv en Israël.

Corvée numéro 1 : l’appel à un ami

Pas besoin de passer plusieurs appels pour rassurer famille et amis parfois éparpillés dans plusieurs villes, on se contente maintenant d’un statut Facebook pour avertir en un clic la totalité de ses contacts. Du classique “Bien arrivé” au plus sadique “30 degrés à l’ombre, le séjour va être chaud”, chacun annonce à sa manière que tout va bien pour lui. Twitter est une autre solution : un petit gazouillis en mentionnant les personnes à qui l’on veut s’adresser et le tour est joué. Et pour faire les choses dans les règles de l’art, le check-in sur Foursquare est de mise. Il permet même de savoir le nombre exact de kilomètres parcourus depuis la destination de départ ! Pour une efficacité optimale, une connexion à Path permet de publier simultanément un statut sur tous les réseaux précédemment cités.

Corvée numéro 2 : vous êtes timbré

Les cartes postales ont un je-ne-sais-quoi de délicieusement rétro mais il arrive parfois qu’une paresse typiquement estivale entraîne le vacancier à faire l’impasse sur cette étape. Là encore, Facebook est un moyen simple et rapide qui permet de donner des nouvelles au plus grand nombre. Mieux encore, il permet une interaction grâce aux commentaires. Pour illustrer son bonheur en image, Instagram s’impose. Couchers de soleil aux couleurs incroyables estampillés #NoFilter et plages sublimes en passant par des assiettes alléchantes, une photo pèse parfois plus lourd que des mots. Le tout, de manière instantanée. Les proches n’attendent pas impatiemment le passage du facteur. En revanche, ils aimeraient bien un peu moins de photos de pieds sur fond turquoise. A la longue, ça fatigue.

Corvée numéro 3 : mets pas tes doigts sur les photos

Prendre la pose, trouver une bonne âme pour immortaliser le moment, finir la pellicule, l’apporter au laboratoire, attendre une semaine pour récupérer ses précieux clichés et enfin, pouvoir les montrer. Drôle de chemin de croix. Le vacancier moderne ne se donne plus toute cette peine. Une fois la carte-mémoire de l’appareil remplie de photos, il n’a plus qu’à les télécharger sur Facebook ou même créer une galerie sur Google + en fonction des personnes avec qui il souhaite partager ses souvenirs (oui, il y a encore des gens qui utilisent Google +). Encore une fois, on retrouve les mêmes avantages que pour les corvées précédentes : une rapidité certaine et la possibilité de toucher un grand nombre de personnes sans même avoir à les prévenir. De plus, si certains de vos contacts Facebook ont activé les notifications à chacune de vos publications, ils seront prévenus instantanément dès que vos photos seront en ligne.

Finalement, la seule chose pour laquelle les réseaux sociaux ne vous seront d’aucune aide cet été, ce sera pour faire votre valise.

Facebook, la nouvelle pierre tombale

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Ma cousine a récemment perdu un ami. Ou plutôt, l’ami d’un ami. Il faut dire qu’aujourd’hui, le terme ami recouvre plusieurs réalités. Mais nous en parlerons une autre fois.

Au-delà des considérations purement émotionnelles que cet événement a engendrées, c’est un élément virtuel qui a retenu mon attention : le journal Facebook dudit ami était rempli de messages de condoléances alors même que l’enterrement n’avait pas eu lieu. Toutes ces publications étaient étalées comme ça, sans aucune pudeur.

Cerise sur le gâteau, c’est de cette manière peu élégante que certaines personnes ont eu vent du décès !

Dans cette histoire, Facebook a joué un double rôle : celui de faire-part de décès et celui de pierre tombale en ligne où chacun a pu adresser un dernier mot à celui qui venait de quitter le monde réel – mais pas le monde virtuel.

Cette affaire soulève un autre questionnement : quand une personne meurt, on se demande ce qu’on va faire de son appartement, de ses biens… Aujourd’hui, il faut désormais aussi se demander ce que l’on fait de son compte Facebook.

Faut-il le supprimer, auquel cas il faudrait indiquer son mot de passe sur son testament en mentionnant expressément cette dernière volonté ? Faut-il laisser la famille ou le conjoint administrer le compte et recueillir les messages ? Faut-il le léguer ? Autant de questions auxquelles le principal intéressé ne peut malheureusement plus répondre.

Qui sait, peut-être que ce sujet sera un jour abordé par votre assureur quand vous lui parlerez de votre convention obsèques ?